La Gestion des Temps et des Activités (GTA) change progressivement de statut dans le SIRH. Longtemps associée au pointage, au calcul des heures et à la préparation de la paie, elle se situe désormais au croisement du droit social, de la planification, des absences, des nouvelles organisations du travail, de la santé au travail et de la data RH.
En 2027, cette évolution devrait s’accélérer sous l’effet de plusieurs transformations : jurisprudences récentes sur le temps de travail et les congés, exigences de traçabilité, généralisation de modèles de travail plus flexibles, transparence salariale et développement de l’intelligence artificielle dans les outils RH.
1. Le décompte du temps devient un véritable enjeu de preuve
Une GTA ne doit plus seulement produire un compteur : l’entreprise doit pouvoir retrouver, expliquer et documenter les données qui ont conduit à ce compteur.
Dans un arrêt du 17 juin 2026, la Cour de cassation a validé un système automatique dans lequel les heures d’arrivée et de sortie restaient enregistrées quotidiennement, sans effacement, avec des synthèses hebdomadaires et mensuelles et un accès à l’historique. La remise à zéro annuelle du compteur ne supprimait donc pas les données initialement enregistrées.
Cette jurisprudence rappelle une exigence du Code du travail : lorsqu’un système automatique assure le décompte des heures, il doit être fiable et infalsifiable. Elle ne signifie cependant pas que l’entreprise peut faire disparaître des heures devant être rémunérées : les données doivent rester traçables et recevoir le traitement prévu par les règles applicables.
Le droit européen renforce également cette logique de mesure objective du temps de travail. Plusieurs analyses rappellent l’exigence issue de la jurisprudence européenne d’un système permettant de mesurer la durée quotidienne du travail.
Une nuance importante subsiste en matière de contentieux : l’absence d’un tel système n’interdit pas automatiquement à l’employeur de produire d’autres preuves. La Cour de cassation l’a rappelé dans un arrêt du 7 février 2024.
Sources : LégiSocial — Décompte du temps de travail : quand le système est-il fiable et infalsifiable ? · Lefebvre Dalloz — Preuve des heures de travail · Berton & Associés — Décompte du temps de travail et droit européen · Force Ouvrière — Temps de travail : l’employeur doit le mesurer
2. Congés payés et maladie : la GTA doit intégrer de nouvelles règles
La loi du 22 avril 2024 a profondément modifié les règles françaises concernant l’acquisition de congés pendant les arrêts maladie.
En cas de maladie ou d’accident non professionnel, le salarié acquiert désormais deux jours ouvrables de congés par mois, dans la limite de 24 jours par période de référence. Les règles diffèrent pour les accidents du travail et maladies professionnelles, avec notamment une acquisition de 2,5 jours ouvrables par mois.
Le 10 septembre 2025, la Cour de cassation a par ailleurs reconnu le droit au report des congés lorsque le salarié tombe malade pendant ses vacances.
Pour une GTA, l’enjeu est très opérationnel : arrêts maladie, compteurs de congés, périodes de référence, reports et paie doivent désormais communiquer sans rupture.
Sources : Cour de cassation — Congé payé et arrêt maladie, 10 septembre 2025 · CAPEB — Congés payés et arrêt maladie : loi du 22 avril 2024 · Temps d’Avance — Impacts des arrêts du 10 septembre 2025 sur la paie et la GTA
3. Les congés payés modifient également le calcul des heures supplémentaires
Une seconde décision du 10 septembre 2025 concerne les salariés dont le temps de travail est décompté à la semaine.
La Cour de cassation a considéré que les congés payés doivent être pris en compte pour apprécier le seuil de déclenchement des heures supplémentaires, afin que l’exercice du droit aux congés ne place pas le salarié dans une situation financière défavorable.
Cette évolution ne doit pas être généralisée sans précaution à toutes les formes d’aménagement du temps : la décision concernait un décompte hebdomadaire.
Pour les responsables paie et SIRH, elle illustre néanmoins un problème central : une règle correctement paramétrée hier peut devenir juridiquement incorrecte demain.
La capacité à auditer et modifier rapidement les moteurs de règles devient donc une caractéristique essentielle d’une GTA moderne.
Sources : Voltaire Avocats — Congés payés et calcul des heures supplémentaires · Temps d’Avance — Conséquences Paie/GTA des décisions de septembre 2025
4. Télétravail, semaine de quatre jours et annualisation complexifient le temps de travail
Une seule entreprise peut aujourd’hui réunir des salariés en horaires fixes, variables, annualisés, télétravail, forfait jours, travail de nuit, cycles ou astreintes.
La Dares documente cette diversité des durées et organisations du temps de travail.
La semaine de quatre jours en constitue un bon exemple. Il faut distinguer une réduction effective du temps de travail, par exemple 32 heures sur quatre jours, d’une organisation consistant à concentrer 35 heures sur quatre journées plus longues.
Pour la GTA, la question devient donc moins « quelle est la durée collective de travail ? » que « quelles règles appliquer à chaque population et à chaque période ? »
Sources : Dares — Temps et conditions de travail · Dares — Organisation du travail et temps partiel · Lyon Entreprises — Les nouveaux visages du temps de travail en 2026 · Juritravail — Semaine de quatre jours
5. Le droit à la déconnexion devient un sujet d’organisation du travail
Le développement du télétravail et du forfait jours pose une question supplémentaire : quand le travail s’arrête-t-il réellement ?
L’INRS rappelle les obligations et mesures à mettre en œuvre concernant le droit à la déconnexion et son articulation avec la protection de la santé et les temps de repos.
Les travaux portant sur les cadres en télétravail montrent également que l’existence d’une charte ou d’un accord ne garantit pas automatiquement l’effectivité de la déconnexion.
Une GTA ne peut évidemment pas déterminer si un salarié souffre d’hyperconnexion. Elle peut en revanche faire apparaître certaines configurations organisationnelles : amplitudes importantes, reprises tardives, dépassements réguliers ou récupération insuffisante.
Sources : INRS — Comment mettre en œuvre le droit à la déconnexion ? · Connect e-Form — Télétravail, forfait jours et droit à la déconnexion · Action Conseils — Droit à la déconnexion des cadres en télétravail, juin 2026
6. Les horaires atypiques deviennent également une donnée RH
La donnée de temps permet aussi d’étudier quand les salariés travaillent.
L’Insee montre que l’exposition aux horaires atypiques varie fortement selon la catégorie professionnelle, le sexe, le niveau de qualification ou d’autres caractéristiques des populations étudiées.
Cela ouvre une utilisation plus analytique de la GTA : fréquence du travail de nuit, week-ends, changements de planning, amplitudes ou irrégularité des horaires peuvent alimenter une réflexion sur les conditions de travail.
Source : Insee — Horaires de travail atypiques et populations exposées
7. La transparence salariale augmente la valeur des données GTA
La directive européenne sur la transparence des rémunérations conduit les organisations à mieux documenter les écarts de rémunération.
En France, sa traduction opérationnelle doit continuer à se préciser dans le cadre de sa transposition.
Quel rapport avec la GTA ? Une partie de la rémunération peut provenir d’éléments directement liés à l’organisation du temps : heures supplémentaires, majorations de nuit, astreintes, dimanches ou jours fériés.
La GTA peut donc contribuer à documenter certaines composantes objectives de la rémunération. Elle ne suffit toutefois pas, à elle seule, à démontrer qu’un écart salarial est juridiquement justifié.
Source : DAF Magazine — Transparence salariale : calendrier d’application en France
8. Absentéisme : passer du compteur au diagnostic de l’organisation
Le 18e Baromètre de l’Absentéisme et de l’Engagement publié par Ayming en 2026 met notamment en évidence l’importance croissante des enjeux de santé et d’engagement dans l’analyse de l’absentéisme.
Le décryptage de Medicalib insiste également sur la nécessité d’analyser les causes et les mécanismes organisationnels plutôt que le seul taux d’absence.
C’est précisément là que la GTA peut prendre une nouvelle dimension.
Des amplitudes élevées, une accumulation d’heures supplémentaires, des changements incessants de planning ou des difficultés répétées à prendre les récupérations peuvent constituer des signaux organisationnels à examiner.
Une GTA ne diagnostique évidemment ni un burn-out ni une pathologie. Elle peut en revanche aider les RH à identifier des situations qui méritent une investigation humaine.
Sources : Ayming — 18e Baromètre de l’Absentéisme et de l’Engagement 2026 · Medicalib — Décryptage du Baromètre Ayming 2026
9. L’intelligence artificielle commence à transformer la planification
L’IA constitue probablement l’une des prochaines étapes de transformation de la GTA.
Les analyses consacrées aux tendances SIRH montrent une progression des usages de l’IA dans les processus RH.
Appliquée à la planification, elle peut notamment aider à rapprocher plusieurs contraintes : disponibilité des collaborateurs, compétences, absences, repos réglementaires, continuité de service ou besoins de remplacement.
Le scénario le plus réaliste à court terme n’est donc pas nécessairement une planification entièrement autonome, mais plutôt un assistant capable de proposer plusieurs scénarios que le manager peut arbitrer.
Sources : RH Magazine — Tendances SIRH 2026 · FacteurH — Planification RH 2026 : le virage technologique · Culture RH — IA et gestion des temps
10. AI Act : il faut analyser l’usage de l’IA, pas simplement le logiciel
L’arrivée de l’intelligence artificielle dans les systèmes RH introduit également de nouvelles obligations de gouvernance.
Certains systèmes d’IA utilisés dans l’emploi et la gestion des travailleurs peuvent relever du régime européen des systèmes à haut risque. Mais la qualification dépend de la finalité et de l’usage précis de l’IA : un logiciel de GTA intégrant une fonctionnalité d’IA n’est pas automatiquement, dans son intégralité, un système à haut risque.
Le Digital Omnibus a par ailleurs modifié le calendrier de certaines obligations relatives aux systèmes à haut risque.
Pour les entreprises, quatre questions deviennent donc centrales : quelle fonction utilise de l’IA ? quelles données exploite-t-elle ? participe-t-elle à une décision concernant un salarié ? quelle intervention humaine reste prévue ?
Source : Quantic Avocats — AI Act : report du calendrier des obligations haut risque
11. Plus de traçabilité ne signifie pas davantage de surveillance
La digitalisation de la GTA doit enfin respecter les règles relatives aux données personnelles.
La CNIL rappelle que les dispositifs permettant de contrôler l’accès aux locaux ou les horaires doivent rester proportionnés à leur finalité. Elle considère notamment que certaines technologies particulièrement intrusives ne sont pas justifiées lorsqu’un dispositif moins invasif permet d’atteindre le même objectif.
La question de la durée de conservation est également essentielle : les données ne doivent pas être conservées indéfiniment simplement parce que la technologie le permet.
L’enjeu consiste donc à concilier traçabilité, preuve, protection des données et respect de la vie privée.
Source : CNIL — Accès aux locaux et contrôle des horaires au travail
12. La GTA devient progressivement une brique centrale du SIRH
Ces évolutions conduisent à une même conclusion : une solution de GTA moderne ne peut plus fonctionner isolément.
Elle échange des données avec la paie, les congés et absences, la planification, les données collaborateurs et de plus en plus les outils de reporting et d’analyse RH.
Des publications professionnelles présentent d’ailleurs désormais la gestion des temps comme un véritable sujet RH, et non plus simplement comme un outil administratif de pointage.
L’enjeu n’est donc plus uniquement la richesse fonctionnelle du logiciel : c’est aussi la capacité à faire circuler une donnée fiable, compréhensible, traçable et exploitable dans tout le SIRH.
Sources : Journal des Professionnels — Pourquoi la gestion des temps devient un vrai sujet RH en 2026 · RH Magazine — Tendances SIRH 2026
Ainsi en 2027, la GTA ne sert plus seulement à compter les heures
Pendant longtemps, la question essentielle était : combien d’heures cette personne a-t-elle travaillé ?
En 2027, les RH devront en poser beaucoup d’autres : les repos sont-ils respectés ? Les compteurs sont-ils fiables ? Les règles correspondent-elles au droit actuel ? Dispose-t-on des bonnes compétences au bon moment ? Où apparaissent les surcharges ? Comment absorber une absence imprévue ? Les données permettent-elles de comprendre certains écarts de rémunération ? L’intelligence artificielle peut-elle proposer une meilleure organisation du planning ?
La GTA évolue ainsi progressivement du décompte du temps vers le pilotage de l’organisation du travail.
FAQ — GTA 2027 : 10 questions/réponses
1. Les congés payés pris dans la semaine comptent-ils pour calculer les heures supplémentaires ?
Pour les salariés relevant du décompte hebdomadaire examiné par la Cour de cassation, oui : l’arrêt du 10 septembre 2025 impose de prendre en compte ces périodes pour le déclenchement des heures supplémentaires.
Source : Voltaire Avocats
2. Que se passe-t-il lorsqu’un salarié tombe malade pendant ses congés ?
Il peut bénéficier du report des jours de congés concernés par son arrêt maladie, dans les conditions définies par le droit applicable.
Source : Cour de cassation
3. Pendant combien de temps un salarié peut-il demander un rappel de salaire ?
L’action en paiement du salaire est en principe soumise à une prescription de trois ans ; l’application concrète dépend toutefois des circonstances du dossier.
Source complémentaire : Temps d’Avance
4. Un système d’écrêtage automatique des heures est-il légal ?
La jurisprudence de juin 2026 admet un système dans lequel l’historique complet des heures reste disponible malgré une remise à zéro ultérieure du compteur ; cela n’autorise pas la suppression d’heures devant être rémunérées.
Source : LégiSocial
5. Quelle différence entre semaine de quatre jours et semaine en quatre jours ?
La première peut réduire la durée hebdomadaire ; la seconde concentre la durée habituelle, par exemple 35 heures, sur quatre journées plus longues.
6. La GTA peut-elle contribuer à la transparence salariale ?
Oui, en documentant des éléments objectifs tels que les heures supplémentaires, le travail de nuit ou les astreintes ; ces données ne suffisent cependant pas, à elles seules, à justifier juridiquement un écart salarial.
7. La GTA peut-elle aider à prévenir le burn-out ?
Elle ne peut pas établir un diagnostic médical, mais certaines données peuvent révéler des configurations organisationnelles à examiner : amplitudes importantes, dépassements répétés ou récupération insuffisante.
8. Une entreprise peut-elle photographier systématiquement un salarié lorsqu’il pointe ?
La CNIL applique un principe de proportionnalité et de minimisation : un dispositif intrusif ne doit pas être utilisé si un système moins invasif permet d’atteindre l’objectif poursuivi.
9. Quel sera l’impact de l’AI Act sur les outils de GTA ?
Il dépend de l’usage précis de l’intelligence artificielle ; certaines applications liées à la gestion des travailleurs peuvent relever du régime des systèmes à haut risque.
10. Quel est le coût de l’absentéisme ?
Le baromètre Ayming 2026 fournit plusieurs indicateurs économiques sur l’absentéisme ; ces chiffres doivent être considérés comme des ordres de grandeur dépendant de la méthodologie et non comme un coût identique dans toutes les entreprises.

