Depuis quelques jours, une mise à jour spectaculaire du modèle de génération d’images d’OpenAI fascine le monde entier. Sur les réseaux sociaux, les vidéos affluent : une femme traverse un marché asiatique, un enfant joue dans la neige… Mais rien de tout cela n’est réel. Tout a été généré, en direct, par une intelligence artificielle.
Pour Rafik Smati, entrepreneur du numérique et auteur du livre Le Nouveau Temps : comment reprendre le contrôle à l’ère de l’IA, « ce que nous voyons n’est plus de l’ordre du gadget technologique. C’est une rupture. Un tournant. Un point de non-retour. »
UNE FRONTIÈRE VIENT D’ÊTRE FRANCHIE
Ce nouveau modèle ne montre pas seulement les progrès fulgurants de l’intelligence artificielle. Il incarne un basculement. Désormais, l’IA peut générer des images d’un réalisme saisissant, en quelques secondes, à partir d’une simple description. Le réel et le virtuel commencent à se confondre. L’imagination devient interface. Et la création – longtemps bastion de l’humain – devient une affaire d’algorithmes.
UN CHOC POUR L’EMPLOI CRÉATIF
Cette prouesse technique est aussi un séisme. Car derrière elle, se profile une onde de choc pour des millions de professionnels : graphistes, illustrateurs, monteurs, vidéastes… mais aussi communicants, formateurs, enseignants, publicitaires. Le bouleversement ne fait que commencer. Une partie de la classe créative pourrait, demain, être disqualifiée – non pour incompétence, mais pour obsolescence.
« Ce que l’on croyait réservé aux décennies à venir se produit sous nos yeux. Il ne s’agit plus de science-fiction, mais d’une réalité qui s’installe dans les outils du quotidien, les usages des entreprises, et bientôt dans les standards de productivité », poursuit Rafik Smati. « Il est donc urgent de mettre en place une stratégie de formation, d’investissement et d’adaptation, pour ne pas subir cette transformation, mais la maîtriser. »
VERS UNE ÉROSION DU RÉEL
Ce bouleversement technologique pose une question vertigineuse : que restera-t-il de la vérité visuelle dans un monde où l’on pourra générer, en quelques secondes, n’importe quelle scène crédible ? Quand tout devient image, tout peut devenir manipulation. Nous entrons dans une ère où nos repères collectifs – ce que l’on voit, ce que l’on croit – risquent d’être profondément déstabilisés. Le rapport au réel, déjà fragilisé par les réseaux sociaux, pourrait devenir l’un des grands enjeux politiques du XXIe siècle.
LE CHOIX : SUBIR OU AGIR
Cette révolution ne laisse personne à l’abri. Elle nous oblige à redéfinir la place de l’humain dans la chaîne de création, la valeur ajoutée des métiers, et les compétences à transmettre. Pour Rafik Smati, il ne s’agit pas de résister au changement, mais de l’anticiper.
« L’Europe ne pourra pas peser sur les règles du jeu si elle ne participe pas à la partie. Nous devons former, expérimenter, investir. Être des acteurs lucides de la transformation en cours, plutôt que des spectateurs dépassés. Ceux qui regardent le train passer n’écrivent jamais l’avenir. »
A propos de Rafik Smati :
Rafik Smati, 49 ans, est un entrepreneur du numérique et pionnier du web français. Fondateur du célèbre site Dromadaire, ainsi que des entreprises Ooprint et Kisseo, il est aujourd’hui président du groupe Aventers. Il dirige également le groupe de réflexion Objectif France, consacré aux enjeux d’avenir. Auteur prolifique, il a publié de nombreux essais, parmi lesquels “Le Nouveau Temps : Comment reprendre le contrôle à l’ère de l’IA” (Éditions Eyrolles), “Vers un Capitalisme féminin” et “Éloge de la vitesse”.