Le prix Nobel d’économie Daron Acemoğlu, jusqu’ici rassurant sur l’impact de l’intelligence artificielle sur l’emploi, a revu ses prévisions : il estime désormais que 8 à 9 % des emplois pourraient être menacés, contre 5 % auparavant. Pour Martin Pavanello, cofondateur de Mister IA — société qui accompagne les entreprises dans l’adoption concrète de l’IA — cette révision reste, à ses yeux, encore prudente sur le long terme.
Sa lecture : on surestime l’impact de l’IA sur l’emploi à court terme, mais on le sous-estime à long terme. À court terme, la transformation est freinée par la lenteur des organisations : déploiement par les DSI, formation des collaborateurs, changement des méthodes de travail. La technologie avancerait ainsi plus vite que les entreprises ne se transforment.
À long terme en revanche, selon Martin Pavanello, les 8 à 9 % évoqués pourraient largement sous-estimer l’impact réel : il considère que l’on pourrait davantage se rapprocher des projections de l’OCDE, autour de 30 %, et ce sans même attendre la généralisation des agents IA — les outils actuels permettraient déjà à certaines équipes de produire davantage sans augmenter leurs effectifs.
Le premier effet pourrait d’ailleurs être moins visible que des licenciements massifs : des recrutements retardés ou tout simplement annulés, avec en première ligne les jeunes qui arrivent sur le marché du travail. Mister IA en ferait directement l’expérience : malgré une forte croissance, l’entreprise aurait recruté moins qu’elle ne l’aurait fait sans l’IA.
