Les obligations de transparence de l’AI Act entrent en application dimanche 2 août 2026, et l’essentiel des analyses publiées porte sur les icônes et sur la faisabilité technique du marquage. Jean-François Deldon, CEO de Yakadata, prend le sujet par un autre bout : selon lui, la question n’est pas de savoir si une IA est intervenue dans la production d’un contenu, mais de savoir qui en garantit la fiabilité et qui en assume la responsabilité.
L’étiquetage des contenus générés par l’IA est une étape importante. Mais le véritable enjeu n’est pas de savoir si une intelligence artificielle a participé à la création d’un contenu : il est de savoir qui en garantit la fiabilité et qui en assume la responsabilité.
À partir de cette semaine, l’Union européenne impose un étiquetage des contenus générés par l’intelligence artificielle. Cette mesure répond à une préoccupation légitime : permettre aux citoyens de distinguer plus facilement les contenus créés ou modifiés par une IA. Mais cette évolution soulève une question plus fondamentale. Dans quelques années, l’IA sera présente dans la quasi-totalité des contenus que nous produirons. Un email, une présentation commerciale, un rapport, une campagne marketing, une vidéo ou un article pourront tous avoir bénéficié, à différents degrés, de l’intervention d’une intelligence artificielle. À ce moment-là, le simple fait d’apposer un label « généré par l’IA » ne suffira plus à créer la confiance.
Car ce n’est pas l’outil qui fait la fiabilité d’un contenu. Ce qui inspire confiance, c’est la responsabilité. Qui a validé cette information ? Quels contrôles ont été réalisés ? Quelle part relève de l’analyse humaine ? Qui assume les conséquences si le contenu est erroné, trompeur ou biaisé ? C’est là, selon Jean-François Deldon, que se situe le véritable défi de l’IA.
Nous avons longtemps considéré l’intelligence artificielle comme une question de performance technologique. Nous découvrons aujourd’hui qu’elle est aussi une question de gouvernance. Les entreprises devront être capables de documenter leurs usages, de définir des règles de validation, d’assurer une traçabilité des contenus produits et de clarifier le rôle respectif de l’humain et de l’IA dans leurs processus. Comme le RGPD a conduit les organisations à mieux gouverner leurs données personnelles, l’AI Act les pousse désormais à gouverner leurs contenus et leurs usages de l’intelligence artificielle.
Les entreprises qui inspireront confiance ne seront pas celles qui affirmeront ne pas utiliser l’IA. Elles seront celles qui sauront expliquer comment elles l’utilisent, où intervient l’humain et quelles garanties elles apportent à leurs clients, partenaires et collaborateurs.
L’IA ne remet pas seulement en question notre capacité à distinguer le vrai du faux. Elle nous oblige à redéfinir les conditions de la confiance. Dans un monde où l’intelligence artificielle sera omniprésente, la vraie question ne sera plus « qui a créé ce contenu ? », mais « qui en assume la responsabilité ? ».
Point de vue de Jean-François Deldon, CEO de Yakadata.
