Morgan Philips Group France publie, le 12 octobre 2026, les résultats de son étude 2026 sur les compétences humaines face à l’intelligence artificielle. Menée entre avril et juillet 2026 auprès d’une centaine de professionnels clients (101 répondants : RH, dirigeants, managers opérationnels) d’entreprises de toutes tailles et de tous secteurs, cette étude est qualitative : elle ne dresse pas un état des lieux statistique du marché français, mais montre comment les organisations vivent la transformation de leurs métiers de l’intérieur.
Son constat : l’IA ne supprime aucune activité mais en alourdit 95 %, et fait émerger une compétence qui s’impose devant toutes les autres pour absorber ce poids : la pensée critique.
Chiffres et enseignements clés
- 0 % des activités disparaissent avec l’IA, mais 95 % se complexifient (48,5 %) ou augmentent en volume (46,5 %) ; 5 % sont réduites.
- 88 % des répondants constatent une progression de leur organisation sur l’IA en un an (40 % une forte progression, 48 % une progression), mais le niveau d’intégration réel reste intermédiaire (2,93 sur 5) : les usages vont plus vite que leur structuration.
- 94 % citent la pensée critique comme la compétence la plus précieuse face à l’IA, 28 points devant l’intelligence émotionnelle (66 %).
- Top 3 des compétences 2026 : pensée critique (161 points, première place pour 50,5 % des répondants), intelligence émotionnelle (106 points), communication avancée (80 points) ; le jugement et la prise de décision totalisent 75 points.
- 60,4 % perçoivent un manque de profils « AI-proof » (28,7 % clairement, 31,7 % modérément), pour un niveau d’inquiétude de 4,43 sur 10.
- 46 % ne savent pas où trouver ces profils ; 36 % citent le freelance et 18 % le CDI, CDD ou l’intérim.
Le poids que l’IA déplace, elle ne le supprime pas
L’IA ne fait pas gagner de temps : elle déplace la charge, vers plus de vérifications, plus d’arbitrages, plus de situations à traiter. Aucune fonction n’est épargnée : le marketing et la communication arrivent en tête des fonctions les plus exposées (70 %), devant l’IT et le digital (64 %), le juridique et la compliance (61 %), les ressources humaines et la finance (60 % chacune).
La pensée critique – la capacité à analyser, questionner et évaluer la fiabilité d’une information, y compris générée par l’IA – est la compétence qui permet de vérifier, trancher et assumer ce que la machine ne peut pas faire seule.
Une pénurie qui ne dit pas encore son nom
La pénurie de profils est perçue mais pas encore vécue comme une crise. Le signal le plus révélateur : les entreprises peinent à identifier où se trouvent, en interne comme en externe, les profils qui incarnent déjà ces compétences. C’est d’abord un problème de visibilité.
Le profil recherché est un hybride
Les métiers les plus difficiles à staffer sont les profils IT, data, IA et cybersécurité (38 % des réponses exploitables), le management, la direction et la transformation (30 %), la finance et la comptabilité (23 %), le commercial et la relation client (21 %) et les fonctions techniques et industrielles (19 %). Le profil commun : un expert de son domaine, à l’aise avec l’IA pour en comprendre opportunités et limites, capable d’exercer son jugement sur ce qu’elle produit.
Dans neuf familles de métiers sur dix, la formation reste le réflexe privilégié face à ce manque, loin devant le recrutement. L’IT fait exception : recruter et former y pèsent presque à égalité, avec un recours au marché externe (CDI/CDD 69 %, freelance et management de transition 35 %).
Les réactions de Morgan Philips Group
Samuel Tamagnaud, Président France & Deputy CEO Groupe : « L’intelligence artificielle ne fait pas disparaître le travail : elle en déplace le poids. Nos résultats le montrent sans ambiguïté : ce poids retombe sur le jugement, sur la capacité à vérifier une information, à trancher, à assumer une décision. »
Xavier Bézio ajoute : « Le vrai risque n’est pas que l’IA remplace ces compétences : c’est de continuer à les chercher comme avant, uniquement en CDI. […] Ces profils rares n’ont pas tous vocation à être embauchés, ils doivent être mobilisés au bon moment, sous le bon format. »
Méthodologie
Étude qualitative menée entre avril et juillet 2026 auprès de 101 professionnels clients : 38 % de grandes entreprises (plus de 700 salariés), 32 % de microentreprises (moins de 20 salariés), 17 % de PME, 13 % d’ETI ; 55 % des répondants sont basés en Île-de-France. L’échantillon n’est pas statistiquement représentatif du marché français ; les microentreprises et structures de conseil y sont davantage représentées. Plusieurs questions autorisaient plusieurs réponses : la somme de certains pourcentages peut dépasser 100 %.
Source : rapport Morgan Philips « Soft skills et IA ».
