Bulle de l’IA : le plus grand danger n’est pas qu’elle éclate, mais que les investisseurs refusent de la voir

Tribune de David Kalfon, Président de Sanso Longchamp Asset Management (Paris, le 14 octobre 2026).

L’intelligence artificielle est peut-être la plus grande révolution économique de notre génération. Mais, selon l’auteur, une révolution technologique, aussi spectaculaire soit-elle, ne justifie pas tous les prix en Bourse. Alors que les interrogations se multiplient sur la formation d’une bulle spéculative autour de l’IA, une question se pose : les marchés financent-ils encore la croissance de demain ou achètent-ils déjà des promesses devenues trop chères ?

Quand tout le monde croit à la même révolution, qui mesure encore le prix ?

David Kalfon relève un paradoxe : jamais les investisseurs n’ont disposé d’autant d’outils pour analyser les entreprises et évaluer les risques, mais jamais le récit d’une transformation technologique n’a occupé une place aussi centrale dans certaines décisions d’investissement. La transformation est réelle et son potentiel économique considérable, mais les marchés peuvent en payer le prix bien avant qu’il ne se matérialise. Une entreprise peut révolutionner son secteur et rester un mauvais investissement si sa valorisation intègre déjà des années de croissance exceptionnelle. Le problème n’est pas de croire à l’IA, mais de croire qu’elle rend toutes les valorisations raisonnables.

L’auteur rappelle qu’Internet devait transformer le monde, et l’a fait, sans empêcher l’éclatement de la bulle technologique au début des années 2000. L’IA pourrait suivre une trajectoire comparable sur un point : une innovation peut tenir toutes ses promesses industrielles sans que les investisseurs qui l’ont financée à n’importe quel prix en retirent les bénéfices espérés. Entre une technologie prometteuse et un modèle économique rentable, il existe un fossé que l’enthousiasme boursier tend à sous-estimer. En Bourse, avoir raison sur l’avenir d’une technologie ne signifie pas avoir raison sur le prix de ses actions.

2027 sera-t-elle l’année du réveil ?

Vouloir dater précisément l’éclatement d’une bulle serait, selon lui, une erreur : les bulles ne disposent pas d’un calendrier et peuvent continuer à gonfler longtemps après les premiers signaux d’alerte. La vraie question est de savoir ce qui se produirait si les bénéfices des entreprises liées à l’IA progressaient moins vite que leurs valorisations ne le supposent : investissements d’infrastructures tardant à produire les rendements attendus, concurrence pesant sur les marges, entreprises clientes ralentissant leurs dépenses, investisseurs exigeant des preuves de rentabilité. Une révolution technologique peut continuer à accélérer pendant que les actions de ceux qui la portent ralentissent.

Le véritable risque : des portefeuilles qui se ressemblent

Autre danger, moins spectaculaire qu’un krach : la concentration des investissements. Lorsque quelques grandes entreprises deviennent les symboles d’une révolution technologique, elles occupent une place prépondérante dans les indices et dans de nombreux portefeuilles. Un investisseur peut se croire diversifié parce qu’il détient plusieurs fonds, indices ou zones géographiques, alors que les mêmes grandes valeurs technologiques reviennent de manière récurrente. Le risque devient celui d’une conviction partagée à très grande échelle, qui peut amplifier les mouvements de marché lorsque les anticipations changent.

La gestion d’actifs doit retrouver le courage de ne pas suivre la foule

Deux attitudes seraient excessives : considérer que l’IA justifie toutes les valorisations, ou s’en détourner entièrement par crainte d’une bulle. Le rôle d’un gestionnaire est d’évaluer les entreprises, leurs perspectives bénéficiaires, leurs avantages concurrentiels, leurs besoins de financement et les risques de valorisation, de distinguer celles capables de transformer leurs innovations en flux de trésorerie durables de celles dont les ambitions reposent sur des projections, de conserver une véritable diversification et d’accepter parfois de ne pas participer intégralement à une hausse lorsque le prix ne paraît plus justifié.

« L’intelligence artificielle changera probablement le monde. Mais elle ne changera pas les lois de la finance. » L’enjeu n’est pas de prédire la prochaine correction avec une précision illusoire, mais de construire des portefeuilles capables de traverser différents scénarios, y compris celui où les promesses technologiques se concrétisent moins vite que prévu. La prochaine grande erreur des marchés ne sera peut-être pas d’avoir surestimé l’IA, mais d’avoir oublié qu’une excellente technologie ne fait pas automatiquement un excellent investissement.

À propos de Sanso Longchamp Asset Management

Née de la fusion entre Sanso Investment Solutions (fondée en 2011) et Longchamp Asset Management (fondée en 2013), officialisée en juin 2024, Sanso Longchamp AM gère plus de 4 milliards d’euros d’encours.

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par Stéphane

Stéphane Poignant est formateur et consultant indépendant en RH, SIRH et IA ; il enseigne en Master 2 RH et au CNAM Hauts-de-France. Sur Yapluqua, il décrypte les outils, la data et les obligations RH à partir de textes officiels, d'études et de retours de praticiens, en citant ses sources. https://www.linkedin.com/in/stephanepoignant/