En février 2025, une étude publiée par la Fédération Cinov ( étude sur l’IA générative et les transformations du travail ) pour la Branche BETIC identifiait trois profils d’entreprises face à l’intelligence artificielle générative : pionnières, attentistes et réfractaires.
Un an plus tard, alors que l’appropriation individuelle de l’IA générative s’est largement diffusée, les organisations continuent d’avancer à des rythmes très différenciés. La question n’est plus seulement celle de l’usage, mais celle de la structuration, de la gouvernance et de l’intégration stratégique.
Dans ce contexte, il devient pertinent d’actualiser cette typologie pour mieux comprendre où se situent aujourd’hui les entreprises — et quels défis elles doivent relever pour transformer l’expérimentation en véritable levier de performance.
2025 : trois profils d’entreprises face à l’IA générative
En février 2025, l’étude publiée par la Fédération Cinov pour la Branche BETIC proposait une lecture structurante du paysage organisationnel face à l’intelligence artificielle générative. Trois profils d’entreprises y étaient identifiés, révélant des niveaux de maturité distincts dans l’appropriation et l’intégration de ces technologies.

1. Niveau 1 : Les entreprises réfractaires
Un premier niveau regroupe les entreprises adoptant une posture de réserve, voire de refus.
La perception dominante est centrée sur les craintes et risques autour de :
-
la confidentialité des données,
-
la fiabilité des contenus générés,
-
les impacts sur l’emploi et la responsabilité professionnelle.
Dans ces organisations, l’IA générative reste marginale ou absente des pratiques déclarées. Cette typologie proposée en 2025 mettait en évidence un paysage assez contrasté : si l’appropriation individuelle progressait rapidement, la structuration organisationnelle demeurait très hétérogène.
2. Niveau 2 : Les entreprises attentistes
Souvent des PME et TPE, ces entreprises adoptent une posture plus que prudente. L’usage de l’IA générative y existe, mais il repose principalement sur des initiatives individuelles. Les salariés expérimentent les outils dans leurs pratiques quotidiennes, sans que l’organisation ne formalise réellement de cadre d’usage ou de stratégie dédiée.
Il en résulte une situation intermédiaire :
-
diffusion informelle des pratiques,
-
absence de gouvernance explicite,
-
peu d’indicateurs de performance associés.
L’IA progresse lentement, mais sans pilotage structuré.
3. Niveau 3 : Les entreprises pionnières
Ces organisations — majoritairement de grande taille voire des ETI — ont engagé une démarche structurée d’intégration de l’IA générative.
Leur approche se caractérise par :
-
des investissements dédiés,
-
des expérimentations formalisées,
-
des dispositifs de formation internes,
-
une implication du management.
L’IA générative n’y est pas seulement décrit comme un outil d’amélioration ponctuelle : elle s’inscrit dans une réflexion plus large sur la transformation des processus et des modèles de production intellectuelle.
Une adoption en progression, mais toujours inégalement structurée
Depuis la publication de l’étude BETIC en février 2025, plusieurs enquêtes nationales et internationales confirment une évolution significative : l’intelligence artificielle — incluant l’IA générative — n’est plus marginale dans les organisations.
Une diffusion plus large et des usages plus fréquents
Les baromètres récents indiquent :
-
une augmentation continue du nombre d’organisations utilisant l’IA dans au moins une fonction métier ;
-
un passage progressif d’expérimentations isolées vers des déploiements plus réguliers ;
-
une progression marquée dans les PME françaises entre 2024 et 2025.
L’IA générative s’est donc davantage inscrite dans les pratiques professionnelles. Cependant, cette diffusion ne signifie pas pour autant homogénéité.
Du pilote à l’intégration : une transition encore incomplète
Les analyses prospectives pour 2026 montrent une évolution importante : les entreprises cherchent désormais à dépasser la phase d’expérimentation.
L’enjeu devient :
-
l’identification de cas d’usage prioritaires ;
-
l’alignement avec les objectifs stratégiques ;
-
la mise en place d’une gouvernance dédiée ;
-
la mesure du retour sur investissement.
Autrement dit, le profil « attentiste » tend à évoluer vers une approche plus structurée. Mais cette transformation n’est ni automatique ni uniforme.
Des différences persistantes selon la taille et la maturité numérique
Les grandes entreprises demeurent les plus avancées :
-
budgets dédiés ;
-
projets en production ;
-
équipes spécialisées ;
-
cadres de gouvernance formalisés.
À l’inverse, de nombreuses PME et TPE utilisent encore l’IA générative de manière ponctuelle, principalement pour des tâches rédactionnelles ou d’assistance. La progression est réelle, mais les rythmes restent différenciés selon :
-
le niveau de digitalisation initial ;
-
les ressources disponibles ;
-
la culture d’innovation ;
-
la capacité d’investissement.
L’écart de maturité observé en 2025 ne disparaît donc pas en 2026.
Gouvernance et impact mesurable : le véritable point de bascule
Enfin, plusieurs études soulignent que nombre d’initiatives d’IA générative ne produisent pas encore d’impact mesurable sur la performance globale. Le principal défi ne réside plus dans l’accès à la technologie, mais dans :
-
son intégration opérationnelle ;
-
sa sécurisation ;
-
sa gouvernance ;
-
sa capacité à générer un bénéfice économique tangible.
La question n’est donc plus « utilisons-nous l’IA ? » mais elle dévient : « savons-nous la piloter et en mesurer l’impact ? »
2026 : vers une typologie actualisée en quatre profils
L’évolution observée depuis 2025 ne remet pas en cause la typologie initiale, mais elle l’enrichit tout en tenant compte des points de blocage et angles morts. Entre l’expérimentation individuelle ( faisons du Test and Learn) et l’intégration stratégique complète, un palier intermédiaire apparaît désormais plus clairement.
Il devient pertinent de distinguer ainsi Quatre profils d’entreprises, selon leur niveau de structuration et de maîtrise organisationnelle.

1. Niveau 1 : Les entreprises réfractaires défensives
Ces organisations adoptent une posture de prudence forte, parfois assimilable à une forme de rejet stratégique.
Caractéristiques principales :
-
absence de feuille de route IA ;
-
restrictions d’usage ou interdictions internes ;
-
focalisation prioritaire sur les risques juridiques et réputationnels ;
-
absence d’expérimentations structurées.
L’IA générative est perçue avant tout comme un facteur d’incertitude.
2. Les entreprises attentistes pragmatiques
L’usage existe, mais il repose largement sur les initiatives individuelles ( très bottom up )
On observe :
-
une diffusion informelle des pratiques ;
-
un encadrement minimal ;
-
peu d’indicateurs de performance ;
-
une gouvernance embryonnaire ou inexistante.
Ces entreprises bénéficient des gains individuels, sans transformation organisationnelle formalisée.
3. Les entreprises intermédiaires structurées
Ce profil émerge progressivement depuis courant 2025.
Il se caractérise par :
-
l’identification de cas d’usage prioritaires ;
-
des projets pilotes encadrés ;
-
une implication partielle du management ;
-
un début de formalisation des règles d’usage ;
-
des réflexions sur le retour sur investissement.
Ces organisations ont dépassé l’expérimentation opportuniste, sans avoir encore intégré l’IA générative dans l’ensemble de leur modèle opérationnel.
4. Les entreprises pionnières stratégiques
Au sommet de la pyramide de maturité, ces entreprises ont intégré l’IA générative dans une logique de transformation globale.
Elles disposent :
-
d’une stratégie formalisée ;
-
d’une gouvernance dédiée ;
-
de budgets identifiés ;
-
de dispositifs de formation structurés ;
-
d’indicateurs d’impact ;
-
d’une intégration dans les processus métiers.
L’IA générative y devient un levier structurant de compétitivité et d’innovation.
Conclusion : se situer pour mieux progresser
L’enjeu n’est pas de juger les organisations, mais de comprendre leur positionnement.
La question centrale devient :
-
Où en sommes-nous réellement ?
-
Sommes-nous dans l’usage opportuniste, l’expérimentation encadrée ou la transformation stratégique ?
-
Avons-nous franchi le cap de la gouvernance et de la mesure d’impact ?
L’intelligence artificielle générative ne constitue plus un simple sujet technologique. Elle devient un marqueur de maturité organisationnelle. Les différences d’adoption ou d’appropriation différent selon les domaines ou les secteurs d’activités, plus ou moins impactés par l’intégration d’une IA.
